Ça fait déjà un peu plus d’un an que le rendez-vous folk-country du 89,3 FM, Folk toi folk moi, n’est plus… un projet radio, il s’entend. Dans ma constante quête de savoir et de contenu de qualité pour vos matières grises, j’ai retracé celle qui a mené le bateau Folk toi folk moi à CISM de 2006 à 2011, Melissa Maya Falkenberg. Le temps d’un brunch, on a parlé de tout et de rien. Elle, enceinte jusqu’aux oreilles, comme dirait Stéphane Lafleur, et moi, curieux de savoir d’où lui venait cette passion pour la musique country sous toutes ses formes. Rencontre.
De l’importance du Columbia House
Marc-André Labonté: Commençons par le commencement. Folk toi folk moi a nettement bénéficié de ta passion pour la musique. À quand remonte ton amour pour la chose musicale?
Melissa Maya Falkenberg: Si je pense à ce que représente la musique dans ma vie, c’est un peu débile. C’est étrange puisque je ne viens pas du tout d’une famille super-musicale. Beaucoup de gens pensent que dans ma famille, on se réunit autour d’un feu de camp avec une guitare, des chapeaux de cowboys et qu’on chante nos samedis soirs. Non.
Mais quand j’étais petite, ma mère m’emmenait dans des déjeuners du genre « musique et brioche », à la Maison des arts de Laval. C’était surtout des concerts de musique classique. N’empêche, à douze ans, lors d’un de ces déjeuners j’ai eu mon premier coup de foudre musical pour le piano.

À la même époque, ma mère a succombé aux pressions du club de disques Columbia (Columbia House). Elle était vraiment dedans! Il fallait choisir les 20 disques gratuits parmi toutes les petites images du dépliant. Sans trop de surprises, ma mère a pris la même chose que tout le monde: les grands succès des Beatles, de Bob Marley, des Rolling Stones, des Doors, Roch Voisine, Céline Dion… Enfin, les options probables de tous les baby boomers québécois. Mais parmi ces disques, il y avait le « greatest hits » de Bob Dylan.
Pour elle, c’était un disque parmi tant d’autres, mais pour moi, quand l’album a joué une première fois… j’ai capoté. Je commençais à apprendre l’anglais, « Rainy day woman » ouvrait le disque, j’entendais « everybody must get stoned » en fanfare, coup de foudre. À douze ans, je voulais marier Bob Dylan.
M.-A. L. : Et de Bob Dylan est venu ton amour pour le folk et le country? Pouf?
M. M. F. : Tranquillement. Bob Dylan m’a fait tomber pour le folk, mais le country n’existait pas encore pour moi. J’ai commencé à investir mon argent de poche en albums et j’ai constaté la mer de musique qui s’étendait devant moi quand j’ai consulté la section dédiée à Dylan au HMV. J’avais des croûtes à manger.
L’école de la musique
M. M. F. : Quand je suis sortie de la polyvalente, j’ai fouillé les programmes offerts au CÉGEP et à l’université. Je suis tombée sur un cours d’histoire du rock and roll à Concordia (rock and roll and its roots). Il y avait un cours dédié au folk dans la session. Je n’en demandais pas plus.
C’est en suivant ce cours que ma passion pour la musique et son histoire a pris son envol. J’ai tellement aimé ce cours et le professeur, Craig Morrison, que j’ai continué à prendre des leçons privées avec lui, jusqu’à tout récemment. Il m’a littéralement vu grandir de 17 à 28 ans!
M.-A. L. : Alors c’est ce prof qui t’as vraiment fait découvrir le country.
M. M. F. : Absolument! Au cours de la session, Craig avait fait jouer du country à quelques reprises et, à chaque fois, je me demandais pourquoi n’entendait-on jamais ce genre de musique à la radio? C’était tellement bon, pourtant. J’ai eu un coup de coeur immense pour le country. Je ne sais pas si je peux dire que c’était plus fort que mon amour pour le folk, mais j’étais renversée.
À la même époque, je débutais à CISM. Comme j’avais une émission où je faisais jouer du folk, je me suis dit: « Pourquoi ne pas élargir mon mandat et présenter toutes les variantes du country, un coup parti? »
J’ai entendu ta voix à la radio
M.-A. L. : Parlons-en, justement, de ton arrivée à CISM. Ça s’est passé comment?
M. M. F. : À l’époque, je faisais partie de l’organisation du gala MIMI (Initiative musicale internationale de Montréal), avant l’arrivée du GAMIQ. Dan Webster, l’organisateur du gala, m’a demandé d’aller faire une entrevue à Radio Centre-Ville. C’était la première fois que je faisais de la radio et j’avais vraiment aimé l’expérience. Les gens du 102,3 FM m’ont demandé si je voulais être bénévole et j’ai dit oui.
Ma première émission durait une demi-heure et s’appelait Émergence, avant que tout le monde utilise ce mot! Une fois par semaine, je faisais jouer du folk nouveau de Montréal et de Toronto, mais disons que je me suis vite rendue compte que je ne rejoignais pas l’auditoire cible de Radio Centre-Ville. C’est là qu’un ami, que je remercie vivement et dont le nom m’échappe, m’a parlé de CISM. C’est là où je me suis dirigée ensuite.
M.-A. L. : Et tu as réussi à te tailler une place à la première occasion? Ça a tout de suite fonctionné?
M. M. L. : Ben, il y avait une fille qui animait déjà Folk toi folk moi (titre d’émission trouvé par Étienne Roy, directeur de la programmation à l’époque), mais c’était à des lieues de ce que je voulais faire. J’ai gardé la même plage horaire, ajouté du country, parlé des racines de cette musique et donné une bonne place à la nouveauté, strictement folk et country. J’ai tranquillement construit Folk toi tout au long de mes années à CISM.
Éthique de travail et passion
M.-A. L. : Maintenant que c’est terminé, qu’est-ce que tu retiens de ton passage à la radio, en tant que média?
M. M. F. : J’ai toujours trouvé que c’était fascinant, à la radio, de pouvoir toucher les gens avec rien d’autre que de la musique et une voix. C’est ce qui m’a séduite dans ce média. Si j’ai arrêté, c’est parce que c’était devenu beaucoup trop de travail et que j’avais besoin de temps pour mener à bien d’autres projets, dont la web série Folk toi folk moi. Beaucoup de gens pensent que c’est facile de préparer une émission de radio, qu’on arrive avec une pile de disques et qu’on improvise. C’est tellement faux!
Dans une radio comme CISM, en plus, on doit tout faire en solo: mise en ondes, recherche, sélection musicale, entrevues… Je pense que je me suis forgée une discipline, une éthique de travail, avec Folk toi folk moi. Quand tu prépares une émission spéciale western swing 1947, tu dois être à ton affaire si tu ne veux pas avoir l’air fou en ondes. Il fallait apprendre du nouveau à chaque semaine!
Aujourd’hui, j’hésite à parler des premières années. L’émission a tellement évolué! Je n’ose pas écouter les « shows » du début [rires]. Ma voix n’était pas toujours à point, j’hésitais… Mais CISM est une radio école et, au commencement, les animateurs ne sont pas tout le temps au sommet. À la longue, ça a payé! J’ai tissé des liens avec la communauté, j’avais des demandes spéciales, je sentais de la pression. J’ai dû y mettre plus d’effort. Le projet m’a fait grandir énormément et la radio restera mon premier amour médiatique, c’est certain.
Du micro à l’image
M.-A. L. : Côté avenir et nouveaux projets, tu as lancé la première saison de Folk toi folk moi, la web série, à l’automne 2011. Où en est le projet? Qu’est-ce qui s’en vient? Jasons.
M. M. F. : Ça faisait longtemps que je voulais transposer Folk toi en images. Il n’y a qu’une saison pour le moment, où on présente quatre types de musique country (rockabilly, honky tonk, bluegrass, western). Éventuellement, il faudrait élargir le projet pour parler de toute l’étendue du country et du folk. Mais surtout, j’aimerais mettre sur pied une plateforme pour les artistes locaux, pour informer les gens sur cette musique et sur les talents d’ici qui la font vivre. Il y a tellement de travail à faire…
M.-A. L. : D’où ton exaspération dans une certaine lettre ouverte?
M. M. F. : Oui, oui… Mais tranquillement, je sens que les esprits s’ouvrent, que les curieux se manifestent. Que ce soit à Espace.mu, à VOX ou à Radio-Canada, j’essaie de transmettre ma passion pour le country, d’en parler. Avec le Studio Home Sweet Home, aussi, on a le projet, Lucas [H. Rupnik] et moi, d’enregistrer beaucoup d’artistes folk-country locaux, indépendants et méconnus.
Je suis persuadée que la culture québécoise a donné naissance à un genre de musique country propre à la belle province. J’aimerais l’officialiser, le faire connaître et partager ses artisans et son histoire avec le monde.
M.-A. L : C’est un peu le combat de ta vie, non?
M. M. F. : « Combat de ma vie », c’est peut-être un peu fort. En fait, j’espère que je verrai les mentalités changer avant d’avoir 85 ans!
En attendant la suite des choses pour Melissa Maya Falkenberg, vous pouvez suivre Folk toi folk moi, en ligne, ici.
Par Marc-André Labonté