Tympans chauffés: Lotus Plaza, fuzz mélodique

Comme on se retrouve… dans un climat sonore agréable!

Ce n’est pas parce que cette rubrique s’est absentée quelques temps qu’il y a forcément moins de musique surprenante ce printemps. Au contraire, les albums marquants s’enchaînent depuis quelques semaines : Radio Radio avec Hâvre de Grâce, Breton et leur Other people’s problems, Chromatics et l’émouvant Kill for love

Dans les prochains mois, j’aurai le temps de m’arrêter sur chacun de ces albums, afin de vous donner l’heure juste à leur sujet. Aujourd’hui, c’est le second opus de Lotus Plaza, Spooky action at a distance, qui prend tout l’espace sous les projecteurs.

Le projet solo du guitariste de Deerhunter, Lockett Pundt, ne réinvente rien. Il ne s’éloigne même pas de l’univers sonore de Deerhunter de façon marquée. Pour un musicien, déconstruire les structures des chansons de Spooky action est un jeu d’enfant, mais ce n’est en rien péjoratif. La simplicité des compositions de Pundt témoigne de leur efficacité. C’est dans cette même simplicité que transparaît le véritable talent d’arrangeur, de parolier et de compositeur de l’homme derrière Lotus Plaza.

En reprenant les clichés sonores du genre shoegaze, rythmes rock plutôt lents, réverbération omniprésente, distorsion cristalline des guitares, Lockett Pundt adapte ses mélodies linéaires accrocheuses. Les chansons qui ressortent de ce processus s’étirent souvent au delà de quatre minutes, en prenant soin de répéter les mesures à outrance (trois des six minutes de « Jet out of the tundra » reprennent la même mélodie de piano). Rien de progressif avec LP, donc.

La structure des chansons est répartie sur trois niveaux, toujours de façon identique : à la base, une section rythmique efficace ; au milieu, les guitares acoustiques et électriques, qui forment un mur, une vague de son ; au sommet, la voix grêle de Pundt, perdue dans l’écho de la réverbération. Ce gabarit, recopié tout au long de l’album, gonfle les vers d’oreille. Prenez comme exemple l’excellent riff de guitare de « White galactic one » ou le roulement de caisse claire de « Strangers », qui est ralentit en douceur, à la fin de la chanson. Chaque titre de l’album est doté d’un tel élément qui revient en boucle, comme un leitmotiv musical. Une telle répétition pourrait lasser, à la longue, mais ce n’est pas ce qui se produit avec Spooky action at a distance.

Lockett Pundt applique la méthode du papier peint à merveille. En répliquant les motifs mélodiques, les véritables coeurs cognitif ET émotif de chaque morceau, il joue avec notre mémoire sensorielle. L’album se développe alors comme le roulement de l’océan, vague après vague, chanson après chanson. Tout y est constant, tout y est paisible. Les refrains ressemblent, à peu de détails près, aux couplets.

Des groupes comme Interpol avaient déjà exploré ce type de construction musicale en utilisant le hurlement d’une « guitare-sirène » du début à la fin d’une pièce (« Untitled » ou « Obstacle 1″, sur Turn on the bright lights, en sont de bons exemples). Par contre, Lotus Plaza ne s’apparente qu’un peu à la musique plus morose d’Interpol. Quelque chose de lumineux semble filtrer à travers la brume et la vapeur qui se dégagent de Spooky action. Cette même parcelle de soleil (je me trouve drôle) réconcilie la fortune avec le malheur (ho!), le noir et le blanc, le beau comme le mauvais temps.

Décidément un album à écouter ce printemps.

Par Marc-André Labonté

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