
À l’occasion du 65e festival de Cannes, Julie Lampron, chroniqueuse cinéma par excellence du 89,3 FM, blogue directement de la France pour vous faire partager son expérience et sa couverture médiatique. Ça tourne!
Quiconque imagine qu’aller au festival de Cannes, peu importe le rôle qu’on y joue, et de le vivre à fond, en pensant que ce sera des vacances, fait une grave erreur. On court, on se fait pousser, dépasser, on dort peu, on mange peu, mais on en a plein la vue. C’est sûr que ça vaut la peine! Je conseille à tous et à toutes les cinéastes en devenir ou cinéphiles fous de vous payer Cannes un jour. Si vous y êtes invités, tant mieux, ça vous évitera de perdre toutes vos économies.
Ici, c’est la flotte totale et, malheureusement, ça risque de durer. Il paraît que la dernière fois qu’un tapis rouge (celui du film Amour de Michael Haneke) a été aussi inondé, c’est en 1991. L’important, c’est de garder le moral et de chanter sous la pluie, ce qui n’est pas toujours chose facile, par contre. Une chance qu’il y a des œuvres qui sont de véritables bijoux. Voici quelques films en compétition officielle qui, jusqu’à maintenant, ont capté mon intérêt :

"De rouille et d'os", de Jacques Audiard
1) De rouille et d’os de Jacques Audiard
Un véritable coup de cœur! Si ce film n’obtient pas de prix, je hurle « scandale! », jusqu’à ma mort. Vraiment, Audiard y va à fond avec une histoire riche et des acteurs justes et efficaces. Après le Grand prix du jury en 2009 avec Un prophète, je lui souhaite la palme des palmes. Audiard est vraiment un maître du son, de l’image et de l’introspection humaine. Je ne dis rien de plus, je vous laisse attendre et voir par vous-même.
2) Jagten (La chasse) de Thomas Vinterberg
Membre du Dogme 95 avec Lars von Trier, Thomas Vinterberg avait fait son entrée en 1998 avec son premier long métrage : Festen (Célébration). Il nous revient avec pour sujets la rumeur, l’injustice et la honte. Un film puissant qui place le public au même niveau que le personnage principal, rejeté de tous après qu’une fillette ait déclaré à la directrice de la garderie qu’un des gardiens a été indécent avec elle. Ça prend aux tripes et ça met en rage.

"Jagten", de Thomas Vinterberg
3) Amour de Michael Haneke
Le film du maître autrichien, gagnant de la Palme d’or en 2009 pour Le ruban blanc, était très attendu, tout comme ses interprètes : Jean-Louis Trintignant (Z, Vivement dimanche, Un homme et une femme) et Emmanuelle Riva (Hiroshima mon amour), tous deux octogénaires et qui reviennent au grand écran pour un plaisir partagé par tous sur la Croisette. Vieillir n’est pas tâche facile quand le corps lâche et qu’on doit s’occuper de la femme qu’on aime. Un film sans complaisance, d’une grande vérité.
4) Paradis : amour de Ulrich Seidl
Version frontale, crue et aux paramètres déstabilisants, comme tous les films de Seidl d’ailleurs, de femmes qui vont au Kenya pour se payer du bon temps et devenir des sugar mamas pour de jeunes hommes en manque d’argent. Pas facile, le malaise est palpable, mais c’est un film intelligent et honnête. Version hardcore de Vers le sud de Laurent Cantet. C’est le début d’une trilogie sur la recherche du bonheur. Très hâte de voir les autres.
Le film à éviter : Like someone in love d’Abbas Kiarostami. J’ai perdu deux heures de ma vie, bordel!
En passant, il est à souligner que, cette année, nous célébrons les 40 ans de la venue de Gilles Carle en compétition avec La vraie nature de Bernadette. Sans oublier les 20 ans de Leolo de Jean-Claude Lauzon, en compétition la même année que Twin Peaks de David Lynch et Being at home with Claude de Jean Beaudin, dans la section Un certain regard. Nos grands, et il y en a beaucoup d’autres, franchissent le tapis rouge de Cannes depuis un bout. Continuons!
La 65e édition du festival de Cannes se termine le dimanche 27 mai. Rendez-vous aux émissions La swompe et Les méconnus pour des nouvelles en direct de cette grande manifestation cinématographique!
Par Julie Lampron (suivez-la sur Twitter sous le pseudo Amenicart)

