Le blogue de CISM accueille une nouvelle rubrique culturelle, signée par Cybèle Beaudoin-Pilon, qui participe aussi à l’émission Parce que ta mère préfère Montréal. C’est parti!
Avec Leçon d’hygiène, bestialités et mets canadiens, une pièce de Transthéâtre dirigée par Michel Monty, l’univers parfois lourd des arts contemporains s’en va prendre une douche de fraîcheur. Présentée au théâtre La Chapelle jusqu’au 21 avril, la pièce propose de jouer avec le cliché de l’artiste Maitre. De nos jours, un véritable culte est voué à l’individu. Notre conception de l’artiste n’y échappe pas et soulève un enjeu légitime : la place occupée par l’artiste dans son œuvre. Est-ce le discours qui l’emporte sur l’objet? L’artiste est-il plus important que son œuvre?

Monty aborde la question sur le terrain de l’autodérision. Quoi de mieux que l’humour justement pour nous faire réfléchir! Le jeune artiste Mathieu Lefebvre le disait si bien, il manque d’humour en art contemporain! Heureusement, les rires ne manquent pas durant l’heure et demie de la représentation où est dévoilée « la révolution artistique » de l’artiste Zoutan.
Artiste, dont L’absence brillante tout au long de la représentation, renforce le caractère mystique de « l’artiste prodigue ». Pendant ce temps, les spectateurs deviennent les véritables invités d’un vernissage laborieux où, suivant les étapes d’un protocole, ils assistent à la mort lente d’Igor. Le condamné, qui a accepté de donner sa vie à l’art, est un livreur de pizza russe qui détonne des autres personnages. Le poète, le chorégraphe, le chef cuisinier, le sauvage prodigue de Sao Paulo et le galeriste, tous défilent durant la cérémonie comme dans un immense jeu Clue du monde artistique.
Leçon d’hygiène, bestialités et mets canadiens joue sur les clichés et les stéréotypes, mais de manière parfois très juste. Par exemple, on répète savamment bien les stepettes, trop souvent exécutées en danse contemporaine et on ne peut nier qu’à certains moments, on n’exagère presque pas. Amusant aussi, l’intégration du public à l’intérieur de la mise en scène qui permettra même, à un moment, d’humer la délicieuse odeur de ce qui semble être de l’urine de chevreuil!
Bref, une pièce qui rappelle l’importance de s’amuser. Si se dégager de l’univers moralisateur du théâtre était un objectif de Monty, on ne s’en sort peut-être pas. Par contre, on a envie de dire oui à l’ironie. Car l’art vaniteux a passé une nuit à fumer, à boire et à parler de moi moi moi. À force d’analyser le vernis de ses ongles d’orteils, à force d’éclats de génie et de coups d’éclat, il termine la soirée la bouche mauve et grimaçante et ramasse les éclats de son verre à vin. Quand il se regarde dans la glace et dit la bouche pâteuse « pas grave, je ressemble enfin au Cri d’Edward Munch », on a envie de lui dire « Va prendre ta douche mon sale! »

Par Cybèle Beaudoin-Pilon, Parce que ta mère préfère Montréal











