Archive pour la catégorie ‘On ne parle pas que de musique’

L’art contemporain et ses points noirs: Leçon d’hygiène, bestialités et mets canadiens

Mardi 17 avril 2012

Le blogue de CISM accueille une nouvelle rubrique culturelle, signée par Cybèle Beaudoin-Pilon, qui participe aussi à l’émission Parce que ta mère préfère Montréal. C’est parti!

Avec Leçon d’hygiène, bestialités et mets canadiens, une pièce de Transthéâtre dirigée par Michel Monty, l’univers parfois lourd des arts contemporains s’en va prendre une douche de fraîcheur. Présentée au théâtre La Chapelle jusqu’au 21 avril, la pièce propose  de jouer avec le cliché de l’artiste Maitre.  De nos jours, un véritable culte est voué à l’individu. Notre conception de l’artiste n’y échappe pas et soulève un enjeu légitime : la place occupée par l’artiste dans  son œuvre. Est-ce le discours qui l’emporte sur l’objet? L’artiste est-il plus important que son œuvre?

Monty aborde la question sur le terrain de l’autodérision.  Quoi de mieux que l’humour justement pour nous faire réfléchir! Le jeune artiste Mathieu Lefebvre le disait si bien, il manque d’humour en art contemporain!  Heureusement, les rires ne manquent pas durant l’heure et demie de la représentation où est dévoilée  « la révolution artistique » de l’artiste Zoutan.

Artiste, dont L’absence brillante tout au long de la représentation, renforce le caractère mystique de « l’artiste prodigue ». Pendant ce temps, les spectateurs deviennent les véritables invités d’un vernissage laborieux où, suivant les étapes d’un protocole, ils assistent à la mort lente d’Igor. Le condamné, qui a accepté de donner sa vie à l’art, est un livreur de pizza russe qui détonne des autres personnages. Le poète, le chorégraphe, le chef cuisinier, le sauvage prodigue de Sao Paulo et le galeriste, tous défilent durant la cérémonie comme dans un  immense jeu Clue du monde artistique.

Leçon d’hygiène, bestialités et mets canadiens joue sur les clichés et les stéréotypes, mais de manière parfois très juste. Par exemple, on répète savamment bien les stepettes, trop souvent exécutées en danse contemporaine et on ne peut nier qu’à certains moments, on n’exagère presque pas. Amusant aussi, l’intégration du public à l’intérieur de la mise en scène qui permettra même, à un moment, d’humer la délicieuse odeur de ce qui semble être de l’urine de chevreuil!

Bref, une pièce qui rappelle l’importance de s’amuser. Si se dégager de l’univers moralisateur du théâtre était un objectif de Monty, on ne s’en sort peut-être pas. Par contre, on a envie de dire oui à l’ironie. Car l’art vaniteux  a passé une nuit à fumer, à boire et à parler de moi moi moi.  À force d’analyser le vernis de ses ongles d’orteils,  à force d’éclats de génie et de coups d’éclat, il termine la soirée la bouche mauve et grimaçante et ramasse les éclats  de son verre à vin.  Quand il se regarde dans la glace et dit la bouche pâteuse « pas grave, je ressemble enfin au Cri d’Edward Munch », on a envie de lui dire « Va prendre ta douche mon sale! »

Par Cybèle Beaudoin-Pilon, Parce que ta mère préfère Montréal

CISM et les Jutra

Vendredi 16 mars 2012

Dimanche dernier, dès 18h00, j’étais assise dans la salle de presse aménagée au Théâtre St-Denis, afin de vivre l’expérience des Jutra. Le gala hors d’ondes était animé par Emmanuel Bilodeau, qui est décidément prêt pour son « one man show » à débit rapide. Six catégories ont été présentées, dont celle du film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec, remportée par Incendies de Denis Villeneuve.

Pour une deuxième année, l’animation de la version en direct de la cérémonie a été confiée à Sylvie Moreau et Yves Pelletier, qui ont également écrit leurs textes. Ils ont su nous offrir un gala très rythmé, rempli de délicieux moments mordants. Les Jutra ont montré notre génie! La mise en scène de Brigitte Poupart a su nous en mettre plein la vue. On applaudit du même coup l’équipe du studio Turbine pour les nombreuses projections qui mettaient en valeur notre cinéma ainsi que les catégories annoncées.

Personnellement, mon moment préféré est sans nul doute la présentation de la catégorie meilleure réalisation, où l’on parodiait trois émissions par des sketchs préenregistrés. Interprétés avec brio, les « Spot Life » (version « Musique Pluche » qui manque de rigueur), « Plaisirs cultivés » (version émission d’après-midi qui aime trop) et « Pelliculte » (version intellectuelle où l’on se contredit), ont été de vrais petits bijoux d’écriture comique.

Spot Life : « Philippe Fardoche pour Monsieur Bagdad, euh Monsieur L’arabe, euh s’cuser. »
Pelliculte : « C’est LE réalisateur de sa génération! Il est sa génération. Il est gênant pour les autres de sa génération. Il est le génome de sa ration. Il a les gênes de sa narration.
-  Philippe Falardeau?
- Non, Denis Villeneuve!
- Ah OK!»

C’était délectable!

Du côté des gagnants, c’est sans surprise que Monsieur Lazhar et son équipe sont repartis avec les plus importantes récompenses. Encore une fois, Philippe Falardeau a bien su mettre en mots, de façon rigolote, ses sentiments en tant que meilleur réalisateur: « Y’a à peine 5 ou 6 ans, on me prenait pour le fils de feu Pierre Falardeau. Aujourd’hui, quand je me promène dans la rue, on me dit : bonjour monsieur Villeneuve. J’t’assez tanné Denis! Et demain, on va me dit enfin : félicitations monsieur Lazhar! »

J’en reviens pas que les deux enfants aient gagné dans les rôles de soutien. Je sens une touche d’exagération et une injustice envers les autres acteurs. Tout le monde était en émoi total dans la salle de presse. C’est plutôt facile d’être en émoi, non? Une catégorie espoir saurait-elle mieux faire valoir de nouveaux talents, surtout à leurs âges?

Mention honorable à Gilbert Sicotte, dont le jeu, en tant que Marcel Lévesque dans Le vendeur de Sébastien Pilote, a été récompensé. Bien joué! Il le mérite tellement!

Les moments les moins réussis, eux, sont venus des remerciements. En premier lieu, le texto de Vanessa Paradis lu par Jean-Marc Vallée lorsqu’il est venu cueillir la statuette de meilleure actrice pour Café de Flore. Vraiment? Un texto? Elle n’aurait pas pu envoyer un message vidéo qui ne donne pas l’impression que le réalisateur se félicite lui-même? Eh ben. Autre mauvais moment : la gagnante du Jutra du meilleur montage, Élisabeth Olga Tremblay, pour le film Snow and Ashes. Un post-it ça colle et c’est difficilement dépliable quand tu trembles. Maintenant, elle est au courant.

Moment fort en émotion du gala : l’hommage à Paule Baillargeon. Troisième femme à recevoir ce prix après Anne-Claire Poirier (2002) et Denise Filiatrault (2006). Le montage hommage réalisé par Anaïs Barbeau-Lavalette était sublime. J’adore Paule Baillargeon, j’en étais émue aux larmes alors qu’on voyait les réalisatrices Maryse Legagneur, Sophie Goyette, Anne Émond, Isabelle Lavigne, Myriam Verreault, Sophie Deraspe, Sarah Fortin, Jennifer Alleyn et Julie Hivon la remercier. Si vous n’avez jamais vu son documentaire Claude Jutra : portrait sur film (2002), courez à un club vidéo! Son nouvel opus, Trente tableaux, sort en salle(s) le 23 mars.

J’ai eu l’honneur de soupeser le Jutra-Hommage de Paule Baillargeon. (En passant, c’est PAU-LE, pas Paul, comme on l’entendait en salle de presse.) Je peux donc vous affirmer que le Jutra est beaucoup moins lourd que le Génie, il en va de même pour la cérémonie.

Voici quelques photos de gagnants. Désolée pour la qualité moyenne, j’ai trop de respect pour les photographes, pour dire que j’en suis une.

Après les Oscars où il était en lice pour son premier film, le sympathique Dimanche produit par l’ONF, Patrick Doyon a remporté le Jutra du meilleur film d’animation. Habillé grâce aux conseils de notre animatrice du palmarès préférée, Catherine Perreault, qui a su obtenir les services de la même boutique habillant Philippe Falardeau pour les Oscars. Les deux avaient remis leurs beaux habits pour les Jutra. « Je ne suis pas superstitieux! » a mentionné Patrick Doyon tout sourire.

Très inspirée (et inspirante), la récipiendaire du prix Jutra-Hommage a offert un vibrant discours, soulignant l’anniversaire de Claude Jutra au passage : « Claude aurait eu 82 ans aujourd’hui. » Puis, elle a terminé en nous mentionnant une phrase du cinéaste étatsunien, John Cassavetes : « Est-ce qu’il ne vaut pas mieux se battre et perdre que de souffrir et rêvasser en silence. »

Par Julie Lampron

CISM foule le tapis rouge des Génies

Vendredi 9 mars 2012

Ouf! Quelle soirée! Moi qui me morfondais souvent en regardant le gala des Génies à la télévision, eh bien, avec la 32e édition, j’en ai eu plein les yeux! Tapis rouge, entrevues, rencontres, chaos et fromage à volonté. Le tout accompagné de Simon Devost, caché derrière sa caméra à évaluer la lumière et le cadrage comme un Lucky Luke en feu. Bon, disons que pour le fromage à volonté, ce n’est vraiment pas nous qui en avons mangé le plus… pas le temps, trop de choses à gérer.

George Stroumboulopoulos animait la 32e édition des Génie. Il est l’enfant chouchou de l’animation dû à son émission George Stroumboulopoulos Tonight, anciennement The Hour, diffusé à CBC. Un homme vraiment sympathique, qui s’entretient depuis 2005 avec les plus grands artistes de l’heure, tous domaines confondus.

Au cours du gala, animé par George Stroumboulopoulos, les œuvres québécoises ont dominé le palmarès, comme à l’habitude, en raflant 14 statuettes sur un total de 22. On sent que certains  Canadiens devaient remercier silencieusement David Cronenberg d’avoir fait un film l’an passé (A dangerous method a récolté cinq prix Génie au cours de la soirée).

Sans grande surprise, Monsieur Lazhar, de Philippe Falardeau, a presque tout raflé.  Le réalisateur québécois a terminé ses  remerciements en s’adressant à ses compatriotes comme suit : « Soyez persistants, soyez fous, soyez audacieux, soyez un peu délinquants, prenez des risques et quelque chose de bon va vous arriver! » Traduction libre de ceci : “Be persistent, be wild, be bold, be a little bit delinquent, take risks—and something good is bound to happen.”

Pour ce qui est du gala, c’est sûr qu’on s’ennuyait des performances du Cirque du Soleil en voyant des patineurs artistiques faire des demi-routines sur les musiques en lice, derrière un voile sur lequel il y avait des projections graphiques. C’était moyen, mais pour le reste, c’était vraiment plus enlevant que de coutume. Et puis, on se sentait libre d’aller voir nos artistes et de leur parler en toute liberté et sécurité, et ce, sans avoir de tireurs d’élite postés sur le toit (comme lors des Oscars) du Westin Harbour Hotel de Toronto.

On aimerait remercier, Simon et moi, tous ceux et celles qui ont si gentiment accepté de se faire prendre en photo et de répondre à mes questions. En passant, les Québécois rencontrés, et même l’animateur – oui, il nous connaît un peu, il semblerait qu’il s’était fait battre à plate couture au hockey lors d’une joute amicale contre CISM (eh ben!) – étaient très heureux que la Marge de Montréal soit de la partie!

Plus plus d’informations sur le gala et la liste des gagnants, faites un tour par ici.

Voici quelques photos prises lors de la 32e soirée des Génies (crédit à Simon Devost) :

Le grand gagnant de la soirée, notre Philippe Falardeau préféré, a reçu une tonne de Génie ! Les producteurs du film, Kim McGraw et Luc Déry de Micro_scope, étaient ravis de partager avec le cinéaste, qu’ils encouragent depuis 2006, le Génie du meilleur film canadien. Monsieur Lazhar a raflé 5 autres prix, dont meilleur acteur pour Fellag, meilleure actrice de soutien pour la jeune Sophie Nélisse, meilleur montage pour Stéphane Lafleur, meilleur scénario (adaptation) et bien sûr, meilleur réalisateur.

Anne Émond, réalisatrice de Nuit #1, a reçu le prix Claude-Jutra. Le prix est remis au meilleur premier long métrage de fiction. Philippe Falardeau l’avait reçu en 2001 pour La moitié gauche du frigo.

Le musicien Martin Léon était en nomination pour le Génie de la meilleure musique originale. Le prix est allé à Howard Shore pour le film de David Cronenberg : A Dangerous Method. Néanmoins, le créateur ne semblait pas en reste et était tout pimpant lorsque nous l’avons rencontré. Peut-être aura-t-il une meilleure chance aux Jutras?

Quel honneur pour l’oeuvre La nuit, elles dansent sacré meilleur documentaire long métrage. Les deux réalisateurs, Isabelle Lavigne et Stéphane Thibault, avaient d’ailleurs présenté leur film au Festival de Cannes, dans la section Quinzaine des réalisateurs et au festival Hot Docs de Toronto en 2011.

Viggo Mortensen parle, aime et prie pour une meilleure prochaine saison du Canadien de Montréal! L’acteur étatsunien a fièrement sorti un drapeau au symbole de nos glorieux. Très généreux en entrevue, il était fier de remporter le prix du meilleur acteur de soutien pour son rôle du psychanalyste Sigmund Freud dans A Dangerous Method. Le célèbre Aragorn du Seigneur des anneaux en était à sa troisième collaboration avec le réalisateur David Cronenberg après A History of Violence (2005) et Eastern Promises en (2007).

Par Julie Lampron (Les Méconnus)

CISM compte encore des buts!

Vendredi 29 avril 2011

Du 22 au 24 avril, CISM 89,3 FM a remporté le tournoi de hockey Summit of the Arts, Frank Division 2011, organisé par Exclaim. Le tournoi avait lieu à Toronto. L’équipe a joué cinq parties et en a gagné tout autant! Seulement 3 pénalités ont été décernées à notre équipe qui a été la moins pénalisée des 36 équipes participantes. Ça, c’est du fair play! La demi-finale s’est terminée au compte de 6-1.
La finale s’est tenue le lendemain contre Edmonton. L’an dernier, l’équipe de CISM avait encaissé une cruelle élimination en échappant la partie 1-0 dans la grande finale face à Edmonton, c’est pourquoi, cette année, les attentes étaient encore plus élevées! Le match s’est finalement soldé 4-2 grâce à un filet désert à 30 secondes de la fin de la 3e période!

« Oui, ça compte beaucoup de battre Edmonton et particulièrement devant une foule émotive et bruyante. Nous sommes vraiment heureux du dénouement », a admis Éric Délichy, de l’émission Ça tire.

Sans surprise, le vestiaire de CISM était beaucoup plus vivant que celui des Albertains!

«C’est vraiment agréable comme sensation. Il y a toujours une grande rivalité en raison de la tradition des deux organisations qui se retrouvent au même tournoi à chaque année. C’est excitant d’y participer et le résultat a été une partie palpitante pour tout le monde», a déclaré le vétéran Gabriel Trahan, de la défunte émission La taverne à Saku.

De la grande visite était également présente dans la chambre des joueurs de CISM alors que le président du tournoi est venu féliciter la troupe. Qui de mieux placé que lui pour saisir l’importance d’un triomphe contre Edmonton? Il a rappelé que ce match était l’un des plus spectaculaires de l’histoire du tournoi et que les gars avaient l’air d’avoir eu du plaisir.

«J’ai toujours adoré affronter Edmonton et particulièrement en finale. Les deux villes adorent cette rivalité et l’engouement est énorme. Ça demeure toujours spécial d’affronter l’une des meilleures équipes du tournoi et surtout de la battre», a exprimé avec le sourire David Murray de l’émission Les rejetons de Gérard Lambert.

«Je me suis dit : c’est impossible, ça ne peut jamais être facile contre eux! Mais en fin de compte, ça rend notre victoire encore plus savoureuse. C’est comme le reste de la vie, tu n’apprends pas autant quand les choses sont trop faciles. Nous avons surmonté des épreuves et on grandira de ces expériences», a précisé Murray.

Au sujet de l’apprentissage, le premier trio de CISM, composé de Maxime Jutras, Éric Delichy et David Murray, a été l’un des meilleurs de toutes les équipes.

«Bien sûr, Jutras a été bon pour nous avec ses deux tours du chapeau, dont quatre buts décisifs, et il a beaucoup évolué depuis le début du tournoi. Après tout, ça faisait trois ans qu’il économisait des buts pour cette grande finale!», a conclu le Directeur Général de CISM Yannick Agricole, avec un rire de satisfaction.

Rangé du haut, de gauche à droite :
Mathieu Ménard, Gabriel Trahan, Maxime Brossard, Maxime Jutras, Maxime Juneau, Eric Délichy et David Murray.

Rangé du bas, de gauche à droite :
Mathieu Harel, Guillaume Simard, La Coupe National, Simon Baker et Olivier Pellerin.

Démocratie, des mots crasseux?

Jeudi 7 avril 2011

Un an après avoir cessé d’alimenter le blog d’actualités alternatives de MAIS, l’émission , privilégiant plutôt de laconiques mises-à-jour de statut hebdomadaires sur la page Facebook de l’émission, voici que le bloguer en moi reprend du service! Parce que les paroles s’envolent et les écrits restent, voici l’éditorial du mois d’avril 2011.

Il y a dix ans (déjà!), le mouvement « altermondialiste » convergeait sur la ville de Québec à l’occasion du Sommet des Amériques alors que les dirigeants des trois Amériques se réunissaient paisiblement, derrière un dispositif de sécurité apparemment moins efficace que celui de l’été dernier à Toronto (on se souviendra de la fameuse clôture qui a été renversée dès les premières heures de l’affrontement entre les manifestant-e-s et les forces de sécurité). Si le projet de Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA) , ce « processus de collaboration entre 34 gouvernements démocratiques des Amériques, comprenant le Canada, en vue de veiller à la prospérité, à la démocratie et à la libéralisation des marchés pour les produits et les services dans l’hémisphère » (dixit les Affaires étrangères du Canada) a avorté, les politiques de libéralisation des marchés se sont bien implantées au courant de la dernière décennie, notamment au travers d’ententes bilatérales comme le récent Traité de libre échange Canada-Colombie. Puis, après le 11 septembre 2011, la (timide) préoccupation pour la promotion de la démocratie s’est muée grande croisade de lutte contre le terrorisme et ce, au grand détriment du droit international et des (dejà fragiles) libertés civiles ou des (encore plus fragiles) droits économiques, sociaux et culturels…

Aujourd’hui, que nous reste-t-il donc de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789? Qui se soucie encore de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948? Du Pacte international relatif aux droits économiques sociaux et culturels de 1973? Et qu’advient-t-il de la Charte des droits et libertés de la personne de 1975? De la Charte canadienne des droits et libertés de 1982? Tout au plus, on ressent une vague nostalgie à l’égard de quelques principes qui semblent aujourd’hui anachroniques : liberté, égalité, justice…

Vous êtes libres de garder le silence, mais on vous extorquera des aveux sous la torture, s’il le faut : demandez à Omar Khader. Vous êtes égaux devant la loi, mais on vous fera des procès « équitables », sans vous informer des accusations qui pèsent contre vous ni vous donner accès à la preuve : demandez à Adil Charkaoui. Vous êtes en droit de demander que justice soit faite, mais on vous arrêtera pour avoir troublé la paix (ou quelque chose du genre) : demandez au centaines d’arrêté-e-s du G8/G20 à Toronto.

Le dicton dit : « La dictature, c’est ferme ta gueule! La démocratie, c’est cause toujours… » Le problème, c’est que même en démocratie, il y a beaucoup qui ferment leur gueule, et encore bien d’autres qui parlent pour ne rien dire…

Par Simon Van Vliet (MAIS, l’émission)

Banfora en 30 visages

Mardi 18 janvier 2011

Banfora en 30 visages, une exposition photo de Léa Clermont-Dion, réalisée en partenariat avec CISM 89,3 FM. Polychrome sera de la partie lors du lancement le 4 février prochain!

Marche comme une Égyptienne

Mardi 14 décembre 2010

C’est au MAI (Montréal, arts interculturels) qu’était présentée la pièce Marche comme une Égyptienne!, dans la deuxième moitié du mois de novembre. Cette pièce est la première oeuvre de Mireille Tawfik au niveau de l’écriture, qui y va également d’une interprétation solo pour la dizaine de personnages qui peuplent la pièce. Sans jamais changer de costume mais seulement par son jeu sur les accents et par la gestuelle, Tawfik réussit à nous faire imaginer à la fois le personnage du père, celui de la grande blonde un peu nunuche, mais également des chauffeurs de taxi égyptiens et des Bédouins traversant le désert. On lui lève très haut notre chapeau pour son jeu magistral.

Marche comme une Égyptienne!, c’est l’histoire d’Adrienne Mounir, une jeune adulte qui se sent écartelée entre sa double identité: Égyptienne de descendance et Québécoise au quotidien. Ne maîtrisant pas la langue arabe en dehors des classiques « bonjour », « merci », « Je suis la fille de… », et oeuvrant dans le monde du théâtre à l’encontre du désir de ses parents, Adrienne cherche sa voie. Lorsqu’un concours de circonstances lui permet d’aller en Égypte, celle-ci n’hésite pas et fonce tête baissée à la recherche de ses origines, avec comme seule aide le petit carnet d’adresses de son père et sa volonté. Adrienne est à la fois narratrice et personnage principale de son périple, commentant avec un humour piquant ses aventures.

L’écriture de Tawfik est vivante et pleine de rebondissements: on se laisse transporter dans l’imaginaire de l’auteure et on compatit avec Adrienne dans ses aventures. La mise en scène très épurée, signée Christian Fortin, laisse place à notre imaginaire tout en soulignant certains moments forts de la pièce. La conception sonore d’Alex Cattaneo aide grandement notre imaginaire à nous propulser en Égypte avec Adrienne. On sort de la pièce avec une plus grande sensibilité à la question de l’identité, sans nécessairement avoir plus de réponses mais avec une meilleure compréhension. Et c’est déjà beaucoup.

Par Maryse Boyce

Équinoxe d’automne et dixième lune de l’année

Mercredi 29 septembre 2010

23 septembre 2010. Il est midi et des poussières au cadran de la console de CISM lorsque MAIS, l’émission entre en ondes. C’est officiellement l’automne. Voilà que les heures de soleil vont continuer à s’amenuiser jusqu’à la treizième lune de l’année, le 21 décembre prochain, alors que la pleine lune sera en éclipse totale au moment du solstice d’hiver.

Après avoir fait des modifications de dernière minute à ma feuille de route d’émission pour l’ajuster à la thématique astronomique de la semaine, la programmation musicale de cette première émission automnale, troisième de la série des rentrées, est assez variée. Entre Carl-Éric Hudon et Rétro Plus (en session live quelques heures plus tard à la même antenne), Xavier Caféine et Arthur H ou Axel Fisch, il y en a pour (à peu près) tous les goûts!

Mon invité de cette semaine, César Caceres Rojas, que j’ai croisé la veille lors d’une cérémonie de la pleine lune sur le Mont-Royal, arrive en studio pour la portion culturelle de l’émission. Il nous parle d’Action créative, « un mouvement alternatif qui cherche la transformation sociale par le développement d’une identité culturelle, au moyen de la communication, la créativité et l’art » ayant pour « principale référence l’esprit de solidarité humaine qui inspire les communautés autochtones des peuples de la nation Abya Yala (des Amériques) ». D’où ce lien avec la cérémonie de la veille, inspirée d’un rituel traditionnel Mohawk à l’hommage de la grand-mère lune et du principe féminin sacré qu’elle symbolise.

Pour la portion d’actualité alternative de l’émission, on s’attaque à la (vaste) question de la situation du peuple Mapuche au Chili. Il y a des coïncidences qui ne s’inventent pas : le président chilien Sebastian Piñera est justement de passage à l’ONU, où des pressions internationales s’exercent afin de le faire renoncer à la politique raciste de son gouvernement à l’égard des premières nations chiliennes, politique qu’il tient en héritage de nul autre que feu Augusto Pinochet, dictateur émérite et assassin notoire.

La portion de culture scientifique de l’émission nous invite dans un univers à cheval entre l’astronomie et l’astrologie, cette zone grise plus ou moins délicate entre la connaissance et la foi. Des cérémonies, comme celles organisées à la veille de chaque pleine lune en collaboration entre le conseil traditionnel Mohawk de Kahnawake, la Famille et Action créative, visent avant tout à célébrer la vie et à souligner certains principes fondamentaux qui gouvernent notre existence, comme l’alternance des saisons ou l’interaction des éléments.

Quoiqu’on pense de la dimension ésotérique associée aux événements astronomiques que sont les équinoxes et les solstices, les pleines lunes et les éclipses, il faut éviter de tomber dans les lieux communs des rationalismes sceptiques. Car qui parle des astres parle à la fois de leurs états objectifs de corps célestes en évolution dans le cosmos et de leurs influences à la fois objectives et subjectives sur notre environnement et sur nos vies.

Par Simon Van Vliet (MAIS, l’émission)

Une rentrée sous le signe de Prométhée (ou la révolte dans la rentrée)

Mardi 21 septembre 2010

Le 16 septembre à midi sur la Marge retentit le fameux « Doo-Doo-Doo-Ba-Doo… » qui annonce le début de MAIS, l’émission et je déclame le slogan : « Mais, parce que il y a toujours un mais…»Peut-être est-ce ce « mais » qui m’insuffle cet élan de révolte, m’inspirant énergie et créativité. Qui sait?

Contrairement à la semaine précédente, on a droit à une émission complète, introduction incluse. Quelques coups de cœur de la programmation musicale: Sunny Duval (aux Sessions live le soir même), My Robot Friend, Achigan, sans parler du classique d’IAM, « L’école du micro d’argent ». Du bon son, quoi!

Envie d’un peu de poésie universitaire?  Pourquoi ne pas essayer de mettre la main sur l’Essor de nos vies, un recueil de textes publié par un collectif étudiant de l’UQÀM. Publié en avril 2000 chez Lanctôt, l’ensemble est dédicacé « aux 66 qui ont révélé que face à la justice en son essor, le pouvoir confond encore le savoir avec la raison du plus fort ». Strophe choisie :

« Appréciez l’horreur votre culture
Celle de la négation, du refus systématique de la contestation
N’accepte pas de perdre mes arbres
De voir mes fleuves se dissoudre
Même s’ils sont depuis longtemps souillés par l’Homme. »

Le temps d’un entretien avec Daniel Pascot, président de FACIL, association pour l’appropriation collective du logiciel libre, on discute de quelques enjeux actuels de l’informatique libre en lien avec la journée mondiale du logiciel libre du 18 septembre. La propriété intellectuelle collective sur les codes source, la distribution libre des applications… Vaste sujet! Avec les principes de partage et de coopération qu’elle implique, l’informatique libre représente une voie alternative, voire une dissidence vis-à-vis des mastodontes capitalistes que possèdent les Bill Gates et les Steve Jobs de ce monde. Notez que j’écris ce texte en utilisant Open Office.

On revient à l’Essor de nos vies pour s’y éclairer aux lanternes de feu Michel Freitag: « L’assujettissement de l’éducation à l’économie globalisée comme abandon de la civilisation et suicide des sociétés. » Pas facile à lire, ce bon vieux Freitag, mais drôlement intéressant! Un extrait :

« Le projet éducatif des Lumières était de changer la société, de former les personnes (qu’on appelait élèves et étudiants en référence à une universalité, et pas « clientèles » en égard à n’importe quelle particularité catégorielle) à une liberté qui soit une autonomie engagée, une puissance de contestation, de lutte et de création. »

Ce passage traduit bien l’esprit, exprimé au travers du livre, de révolte contre la tendance contemporaine à mettre l’éducation et ses institutions au service de l’économie de marché au détriment de la liberté intellectuelle, du sens critique, de la civilisation.

Et c’est déjà tout! C’est le propre de la révolte que d’émerger brusquement en bousculant les normes et l’ordre établi, de semer beaucoup de confusion en provoquant des changements sociaux drastiques, puis de s’éteindre pour renaître ailleurs et autrement.

Par Simon Van Vliet (MAIS, l’émission)

Tous dans le même wagon

Mardi 21 septembre 2010

C’est aujourd’hui que débute la 8e édition de « En ville sans ma voiture ». Pour cette 8e année, l’AMT (agence métropolitaine de transport) a décidé de prolonger cet événement, qui sert à conscientiser les gens au transport collectif et à l’environnement, jusqu’à vendredi, le 24 septembre. N’ayez crainte, utilisateurs compulsifs de l’automobile, l’accès de certaines rues de la métropole ne sera bloqué aux automobilistes que le 22 septembre, journée officielle mondiale d’En ville sans ma voiture.

Et afin de bien profiter de cette semaine, voici quelques petites observations que j’ai faites qui rendent parfois nos déplacements en transport en commun moins agréables et qui seraient faciles à corriger. Telles des règles de vie que nous dévoilerait un Yoda du transport collectif… En attendant la fin des pannes de métro et des autobus en retard!

Du déodorant tu te mettras: personne n’aime être coincé dans un wagon à l’heure de pointe à côté de quelqu’un qui sent le « swing » si vous me permettez l’expression! Et avec la canicule que l’on a connu cet été, nombreux nous étions à retenir notre souffle par moment… Est-ce encore nécessaire de mentionner que l’application d’un déodorant est de mise et ce pour le bien de tous?

Du parfum tu n’abuseras pas: une odeur trop forte de parfum peut avoir le même effet que l’odeur de la transpiration, c’est-à-dire être désagréable… Parfois, moins c’est mieux et ici, c’est le cas!

La voie de gauche de l’escalator tu libèreras: même si ce principe est quasiment devenu une loi non écrite, j’ai remarqué qu’il y avait quelques contrevenants! La droite pour ceux qui se laissent mener tout en haut sans effort et la gauche pour ceux qui sont plus pressés et qui veulent monter les marches de l’escalator.

Le son de ta musique tu baisseras: oui, il y a beaucoup de bruit dans les transports en commun, mais est-ce vraiment une raison pour faire entendre le dernier « hit » de Lady Gaga à tout le wagon quand certains fuient déjà les radios qui le font jouer en boucle. Et ça, en plus de vous « scraper » l’ouïe… Pourquoi ne pas investir dans des écouteurs de meilleure qualité, vous serez moins importunés par le bruit ambiant et nous par votre musique!

Pour sortir tu ne pousseras pas: à l’heure de pointe, tous les bus et les wagons sont pleins. Et tous les occupants finissent, à un moment ou à un autre, par vouloir sortir… Pourquoi ne pas signaler à la personne devant vous que vous sortez à cette station en employant des termes comme               « excusez-moi » ou « pardon » au lieu de pousser ou tasser la personne? Si simple parfois de faire preuve d’un peu de civisme!

Par Sophie Boileau (cadavre exquis)