
Préparez-vous à en entendre parler, du tout nouvel album d’Avec Pas d’Casque. Avec Astronomie, le groupe frappe un grand coup et s’inscrit déjà parmi les incontournables de 2012.
Constitué, à la base, de Joël Vaudreuil et Stéphane Lafleur, devenu trio avec l’arrivée de Nicolas Moussette en 2008, Avec Pas d’Casque est maintenant un quatuor, accueillant Mathieu Charbonneau (Torngat, Ferriswheel, The Luyas) en renfort.
Si, sur ce nouvel opus, le son folk-country assez rudimentaire de la formation ne s’écarte pas trop du chemin emprunté sur leur premier démo, solidifié sur Trois chaudières de sang et bordé de quelques excentricités « fauniques » avec Dans la nature jusqu’au cou, il se présente en un tout homogène, pertinent et peut-être même encore plus authentique qu’avant. Le groupe ne se réinvente pas, mais il évolue avec maturité.
Oui, Avec Pas d’Casque garde quelque chose de particulier. C’est peut-être la plume de Stéphane Lafleur, si singulière, honnête, naïve, imagée et… québécoise dans ses expressions, dans la réalité qu’elle dépeint, qui frappe le coeur comme la tête. C’est peut-être la façon tout aussi québécoise avec laquelle Lafleur livre ses textes en chant, en inflexions nonchalantes qui se foutent du qu’en dira-t-on. C’est peut-être l’emballage musical de plus en plus raffiné, ponctué par le jeu subtil de Joël Vaudreuil à la batterie, par les harmonies vocales de ce dernier, par le lap steel et la basse simple et efficace de Nicolas Moussette et l’ajout du baryton de Mathieu Charbonneau. C’est peut-être l’ensemble de tout ces facteurs réunis. C’est peut-être que mes lunettes sont à l’envers…
Mais bon, je vous entraîne dans une analyse de chaque morceau d’Astronomie, question de vous mettre le cérumen à la cochlée (ben quoi… vous connaissez un meilleur équivalent sonore à l’expression « mettre l’eau à la bouche »?).
Parce qu’on ne parle plus assez d’albums dans ce monde de consommation musicale à 0,99$ la pièce. C’est bien de se souvenir qu’il y a un processus créatif derrière un album, derrière l’ordre des chansons, les enchaînements. M’enfin, c’est parti!
« Intuition #1″ : L’ouverture de l’album est construite en grand crescendo (un peu comme « Talent »). C’est nouveau pour le groupe et ça fait du bien. On a l’impression d’errer dans une plantation brumeuse, on hésite. C’est le départ. « Tu diras que c’est l’instinct qui t’a mené jusqu’ici/Ce sera ton camp de base », chante Lafleur.
La chanson annonce le ton du disque : doux, gris, d’une triste beauté. Astronomie, c’est comme un phare dans le brouillard. Un repère où l’on se pose, en attendant de voir plus clair. Et ça continue avec…
« Défrichage » : La brume s’est levée, le soleil aussi. On part du « camp de base ». On cherche à tâtons vers quel bord on doit se diriger. Musicalement, la chanson rappelle beaucoup « Un nez qui saigne », sur Dans la nature jusqu’au cou. Beau.
« La journée qui s’en vient est flambant neuve » : Superbe usage d’une locution bien d’ici. Cette troisième piste de l’album est le moment le plus « fou » d’Astronomie. Par fou, on fait référence à « L’amour passe à travers le linge » ou « Si on change les équipes ce n’est plus une revanche ». Il y a quelque chose de naïvement réconfortant dans la promesse qui veut que la journée qui vient soit flambant neuve. C’est une de ces images, propres à l’univers de Stéphane Lafleur, qui parlent d’elles-mêmes. Pensez à « En attendant que ça paye ».
« Apprivoiser les avions » : Épique, magnifique épopée country racontant l’histoire d’une relation marquante qui n’est plus. Sept minutes de pure beauté, ficelée autour d’un même motif mélodique qui se répète à l’infini. Ça donne le goût d’aller s’échouer à Mirabel (vous savez, l’aéroport international financé par Trudeau, qui ne porte pas son nom et qui est à l’abandon?). Pensez à « La pire journée au monde ».
« Talent » : Une autre chanson en vagues, en crescendos. « Talent » fait merveilleusement suite à « Apprivoiser les avions » (le « pacing » de l’album est aussi efficace dans son entièreté). Ici, Lafleur semble s’émerveiller de la rencontre d’une personne aux capacités inhabituelles (« voir des formes dans le bois, de même », « dompter les rêves qui dévorent les hommes », « aimer les gens [sans vraiment les connaître]« ). Touchant.
« Deux colleys » : Un si petit texte qui meuble si bien une musique qui évoque la nuit, le rêve… « Va où tu vas/va où tu veux/comme deux colleys. » C’est étrange, mais on les imagine très bien, ces deux chiens, courir dans un champ, bourré de lucioles, pas loin des flammes, en écoutant le morceau.
« Astronomie » : Très courte composition instrumentale, qui fait le pont entre la fabulation imagée de « Deux colleys » et qui nous amène à…
« Veiller le feu » : Bam! On se retrouve devant un feu de camp, alors que Stéphane Lafleur questionne l’avenir éventuel d’une relation. Survivrons-nous à l’inévitable routine, aux tempêtes, aux travers qui agacent : « Tu voudras que je préfère/j’haïrai évidemment[...]Voudras-tu de moi demain? » La chanson se termine par un passage cuivré, un peu comme sur « Apaiser le singe ».
« Les oiseaux faussent aussi » : Conclusion magnifique. Lendemain de nuit mouvementée, réveil accompagné, déboussolé, incertitudes… Pour illustrer cette fresque de sentiments confus, Lafleur s’est inspiré d’une curiosité de la nature, prouvée scientifiquement, voulant que certains oiseaux faussent, eux aussi. Ceux-ci en sont désavantagés lorsqu’ils doivent séduire leur partenaire. L’auteur en a fait un refrain poignant qui vient mettre le point final à l’album.
Si vous ne connaissez pas encore Avec Pas d’Casque, vous pourrez toujours les découvrir avec Astronomie.
Bonne écoute.
Par Marc-André Labonté