Dave-Éric Ouellet, alias MC Gilles, n’a que 36 ans, mais il a déjà un curriculum à faire en faire rêver plus d’un. Humoriste, businessman et artiste, il a été tour à tour directeur général de CHYZ à Québec de 1997 à 2000, directeur général de CISM de 2000 à 2005 et il dirige maintenant sa propre compagnie « internationale » : MC Gilles International Inc.
J’ai rencontré l’animateur de l’émission Va chercher le fusil pour vous, afin de discuter de radio, de télévision, de vedettariat, du « quétaine » et du kitsch, ainsi que de ses nombreux projets à venir.
Catherine Perreault : Tu as créé ta propre compagnie MC Gilles International Inc. pour pouvoir mieux gérer ta carrière. Peux-tu nous dire de quel type de compagnie il s’agit?
Dave-Éric Ouellet : Même avec un nom absurde comme MC Gilles International INc. j’ai réussi à obtenir une subvention de démarrage. La définition officielle de la compagnie est : « Création en culture populaire ». C’est une définition qui ratisse large, mais qui couvre pas mal tout ce que je fais dans la vie, soit des articles, des reportages, de la télé, de la radio, de l’animation/DJ, etc. Tout ce que je fais tourne principalement autour du kitsch, du quétaine et du « pas toujours de bon goût ». J’aime les choses divertissantes, parfois au premier degré, parfois au deuxième, troisième ou vingt-cinquième!
CP : Quels sont tes nouveaux contrats pour l’été?
D-É.O : Ce qui est nouveau et qui ressort le plus dans ce que je vais faire cet été est évidemment mon contrat avec Juste pour Rire. J’ai reçu un appel de Gilbert Rozon. Il avait vu à ARTV une de mes présentations de vinyles vintage comiques. Il avait trouvé ça très drôle et m'a demandé quelque chose du même genre pour le festival de cette année. Il veut mettre une présentation sympathique là où il y a des pauses, comme au début, au milieu ou à la fin des galas. Ça va être des présentations visuelles et probablement sonores aussi.
Je vais aussi être DJ pour des soirées pendant le festival, comme je fais habituellement un peu partout. Des soirées où je mets de la musique moderne mélangée avec de la musique ancienne. Je mélange aussi des disques sur lesquels des gens parlent avec des disques de musique. Il y en a à peu près pour tous les goûts : ceux qui aiment la musique au premier degré pour danser, ceux qui veulent écouter les paroles et les textes par-dessus et ceux qui veulent juste découvrir quelque chose de différent.
CP : Un peu comme tes soirées Trash ton « quelque chose »?
D-É.O : En fait, ces soirées-là sont vraiment juste des soirées de DJ. Par contre, je vais faire une soirée Trash ton Juste pour Rire, un peu dans la même veine que Trash ta St-Jean, Trash ta St-Valentin ou Trash ton Noël. Je leur avais dit que c’était un projet qui m’intéressait à faire pour eux et ils ont un nouveau festival en marge du Justes pour rire avec plusieurs de petits évènements en salle avec des artistes plus underground, ce qui est mon cas. Je vais présenter Trash ton Juste pour Rire dans cette nouvelle section pour les artistes émergents d’ici et d'ailleurs. Ça s’appelle YUL pour le moment, mais ce n’est pas définitif. Mon show va durer une heure et il va être composé d’un mélange de stand-up, de musique et de présentation de pochettes de disques et de livres, un peu comme je fais déjà dans les bars.
CP : C’est quoi une semaine type pour MC Gilles?
D-É.O : D’abord, je travaille beaucoup pour la télé. Je collabore au Club Social à TV5 en tant que Dave Ouellet. Je voulais sortir un peu de mon personnage pour ce contrat.
Ensuite, il y a Infoman à Radio-Canada avec Jean-René Dufort qui prend beaucoup de mon temps. Je peux passer trois jours par semaine à travailler sur mes topos. Là, c’est plus MC Gilles qu’on voit à la télé. Je couvre des sujets plutôt bizarres comme ceux les Créationnistes, les «personnificateurs» d’Elvis ou les Raéliens.
On peut aussi me voir encore à Musique Plus. Je collabore à des émissions telles que Génération country à Musimax et il y a toujours des reprises du Gros Show. Ça, c’est le volet télévision seulement.
Côté radio, je fais mon émission Va chercher le fusil à CISM les vendredis matins. L’émission est diffusée aussi dans plusieurs autres radios étudiantes à travers le Québec. Je passe beaucoup de temps à préparer mon émission pour la radio. J’ai aussi une chronique à l'émission de Paul Arcand au 98.5 une fois par semaine.
Pour le volet soirées, c’est plus disparate. Je prépare présentement les nouvelles représentations du spectacle de danse Dieu ne t’a pas créé juste pour danser avec la compagnie de Marie Béland. On présente le show à l’Off Festival Trans-Amérique et on part en tournée cet automne dans les maisons de la culture. J’ai aussi des contrats d’animation privés ou corporatifs, comme le party de bureau d’Ubisoft ou le party de la St-Jean que je vais faire avec Malajube au parc Molson.
Ce qui est difficile pour le moment, c’est de vivre de jour et de nuit en même temps! Quand on est DJ jusqu’à trois heures du matin, on n’est pas couché avant quatre ou cinq heures, mais moi je dois me lever le lendemain matin. Un jour ou l’autre, il va arriver l’heure des choix. Sinon, ça n’aura juste plus de bon sens comme horaire! Je prépare aussi un disque qui va sortir à l’automne et qui va s’appeler Les grands classiques de MC Gilles .
J’écris des textes aussi, malgré que j’aie délaissé un peu plus ce volet-là. J’écrivais beaucoup pour La Presse en tant que pigiste avant. Maintenant, il ne me reste que mes articles dans Urbania et sur leur nouveau blog. J’ai beaucoup de misère à dire non. Quand un évènement comme le FME (Festival de Musique Émergente d’Abitibi-Témiscaminque) me demande d’écrire un texte pour leur programme, je le fais. Présentement, le cheap « pogne » et j’ai accès à pas mal d’affaires chez nous, alors on fait beaucoup appel à moi.
CP : Justement, qu’est-ce qui fait que tu as autant de succès?
D-É.O : D’abord, comme je viens de le dire, le cheap « pogne ». Les Louis-José Houde avec Dollaraclip et les Denis Drolet avec leur humour absurde et très brun et kitsch sont un phénomène qui marche. C’est un humour qui vient rejoindre les gens.
Ensuite, je pense que c’est aussi à cause de notre culture populaire francophone. On est juste 7, 5 millions dans une mer anglophone et mondiale. Culturellement, on produit beaucoup de choses. Des choses qui ne se rendront jamais jusqu’à nos médias. On a un certain attachement pour cette culture de « sous-sol ». Elle fait partie de nous. On aime ça. On connait tous un oncle ou une tante qui aime le vieux country ou qui trippe sur Richard Lebel! Bref, il y avait un manque, un trou. Personne ne faisait jouer cette musique-là avant moi. Je suis arrivé au bon endroit au bon moment.
L’idée de Va chercher le fusil au départ était de surfer sur cette idée et sur les deux générations : celle des jeunes qui n’ont pas tellement connu cette musique, mais qui trouvent ça drôle, et celle plus âgée qui connait cette musique et qui se retrouve plus dans le volet nostalgie de l’expérience. Eux, André Guitare, ils trouvent ça bon!
Enfin, ce qui fait en sorte que MC Gilles fonctionne autant, c’est aussi le fait que dans tout ce que j’ai fait dans la vie, j’ai toujours été très efficace. J’ai géré plusieurs organisations. J’ai travaillé 12 ans pour les autres, surtout pour des organismes communautaires. À Québec, lorsque j’ai commencé en tant que directeur général de la radio CHYZ, je gagnais 125$ par semaine. Je me suis endetté par-dessus la tête au début. Je travaillais pour le bien de l’humanité! À un moment donné, je me suis dit :
« Ce que j’apprends maintenant, ce que je fais, je vais pouvoir le faire pour moi un jour
». Je gère donc tout mon travail comme si je gérais une entreprise. Et c’en est devenu une! Je travaille avec les quatre volets dont je t’ai parlé plus tôt et s’il y en a un qui va moins bien, je me réajuste vers un autre. Je trouve qu’aujourd’hui, il y beaucoup de médias et très peu de contenu. Je me considère comme un bon canal de communication. J’offre quelque chose d’intéressant et de différent.
CP : Tu trouves qu’il manque de contenu, même s’il existe des centaines de chaînes spécialisées sur le câble et encore plus sur le satellite?
D-É.O : Il y a beaucoup d’émissions, oui, mais il n’y en a qu’une poignée qui offre du contenu le moindrement intelligent. Vois-tu, j’ai un sens assez cynique et ironique de la vie. J’ai écouté l’émission La Maison de Maxime Lapierre à TQS hier soir et je n’ai jamais rit comme ça! Je pleurais tellement c’était drôle! Ils parlaient de tendances et je trouvais ça complètement absurde! Ça me faisait penser aux clips d’Anita qu’on peut voir sur Internet et où elle nous montre comment meubler notre maison avec un sapin qui clignote. On trouve ça drôle de regarder ces vieux clips-là aujourd’hui. Dans 20 ans, ça va être La Maison de Maxime Lapierre que les jeunes vont regarder sur le net en se tordant de rires.
CP : Est-ce que c’est un peu ta spécialité de voir l’absurde dans ce qui n’est pas censé l’être?
D-É.O : Jean-René Dufort et moi à Infoman, nous sommes bons pour voir ce qui ne va pas dans une situation. En France, ils appellent ça « La princesse aux petits pois ». On voit juste la petite tâche qui ne va pas et non tout ce qui est merveilleux. C’est notre job de mettre le spot light sur ce qui est absurde.
CP : Au Québec, j’ai l’impression qu’on a plus d’antihéros que de véritables héros. Est-ce que tu te considères comme une espèce d’antihéros québécois?
D-É.O : Non! Je ne me vois vraiment pas comme une vedette tout court. Ça ne m’intéresse pas toutes ces histoires de vedettariat. Je suis plus un canal de communication. D’abord, je veux garder ma liberté de rire de tout ce que je veux, incluant moi-même. Ce que j’ai remarqué et que je déteste, surtout depuis que j’ai déménagé à Montréal et que je travaille dans le milieu de la musique et des arts, c’est que tout le monde tend à se prendre trop au sérieux. Tout est éphémère et tout va finir par s’éteindre un jour. Il faut donc que je sois le dernier à me prendre au sérieux. La seule façon que d'obtenir le droit de te moquer de tout est de rire de soi-même d’abord. D’où le personnage de MC Gilles, un peu tout croche avec sa moustache et sa bedaine. Il n’est pas plus intelligent que les autres, au contraire, il est au même niveau, plus bas même! J’ai donc le droit de me moquer des autres, parce que tout le monde a le droit de se moquer de moi!
Je n’ai pas la même notion que les autres du héros. Je ne comprends pas le principe des tapis rouges. Entre Guillaume Lemay-Thivierge et le caméraman qui le prend en photo, je ne vois pas de différence… Pour moi, une toune de Fidel Lachance comme « Fidélité », dont tout le monde se souvient par cœur, a autant de punch que n’importe quelle autre toune qui tourne dans les radios commerciales. Tout le monde se rappelle de « Fidélité », mais je ne suis pas sûr que ce soit la même chose pour tout ce qui tourne à la radio. Tous ceux qui croient au vedettariat et qui se voient dans ça n’a aucune crédibilité pour moi. C’est notre système médiatique qui décide de hiérarchiser les artistes et je suis un peu contre ça personnellement.
Le show de danse que je fais présentement remet justement en question cette catégorisation des artistes. Est-ce qu’il existe des danseurs et des non-danseurs? Est-ce que les gens qui marchent dans la rue exercent une forme de danse? Qu’est-ce que la danse? On vit ce questionnement à tous les jours aussi à Infoman. Est-ce qu’on est des journalistes ou des humoristes? Des animateurs ou des artistes? On n’est dans aucune case. On n’est pas en nomination dans rien. De toutes façons, je déteste les cases. Je ne veux pas me faire catégoriser. Si tu écoutes bien mon émission, tu vas comprendre que c’est un peu une critique des cases.
CP : Tu ne veux pas te prendre au sérieux dans ce que tu fais, mais j’ai l’impression que tu prends beaucoup au sérieux le travail que tu fais pour les radios étudiantes.
D-É.O : Je prends ça à cœur, oui, mais j’essaie tout de même de ne pas prendre tout ça au sérieux. Les réunions, les entrevues, etc., je n’aime pas ça… J’essaie toujours de mettre mon grain de sel pour détendre l’atmosphère et pour ne pas que les gens soient trop stressés. Je ne vois pas de problème à être sérieux, affairé et à jour, tout en ne se prenant pas au sérieux. C’est comme dans une radio étudiante… La pire chose qui peut arriver est un blanc en ondes, mais ce n’est pas une urgence d’hôpital. Il n’y a pas personne qui va en mourir. Oui, c’est important ce que l’on fait et il ne faut pas tomber dans la nonchalance. À CISM, on fait de l’entertainment de jeunes. On développe de nouveaux artistes et on donne une chance au monde qui n'en aurait pas autrement. C’est important, mais un jour, ce ne sera plus nous autres qui allons être derrière cette radio et nous allons nous faire succéder par d’autres jeunes avec d’autres idées et d’autres façons de faire.
CP : Préfères-tu la radio ou la télévision?
D-É.O : Je préfère la radio. C’est pour cela que je suis encore à CISM et que je fais deux heures d’émission bénévolement par semaine, avec toutes les heures de préparation que ça demande. Il n’y a rien comme la radio. Ce n’est pas vrai que la radio va mourir comme on le prétendait avec l’arrivée de la télévision dans le temps ou comme on le prétend aujourd’hui avec les nouveaux médias qui prennent de plus en plus de place. Il n’y a rien qui se compare à la radio. C’est cliché, mais tu parles directement à une personne quand tu parles au micro. Les gens nous perçoivent comme étant leur « chummy ». Je leur parle à eux dans leurs oreilles et je peux créer de l’émotion juste avec les pauses. En radio, on joue beaucoup avec les reaction shot et l’imagerie mentale de la personne à l’autre bout. Par exemple, quand je vais à la télévision, je mets mon chapeau de cowboy, j’amène mes gyrophares et c’est le gros party. Les gens pensent que c’est comme ça que je suis en studio, alors que je suis assis sur ma petite chaise comme tout le monde, sans chapeau! J’aime ce jeu là. Celui de ne pas savoir qui est derrière le micro. Il n’y a pas l’influence de l’esthétique visuelle comme à la télévision, avec les beaux travellings et les beaux plans. Ce qui est important est uniquement ce que tu dis. Bref, la radio c’est ma drogue à moi (rires).
CP : J'aimerais parler un peu de tes collaborateurs. Tu as toute une équipe de chroniqueurs qui viennent t’aider à chaque semaine.
D-É.O : Oui! On attend le retour de la chronique « Cath IN » d’ailleurs!
CP : (Rires) La semaine prochaine, promis! J’attendais juste l’invitation…
D-É.O : J’ai plusieurs personnes qui m’envoient des disques et qui me suggèrent des artistes. J’ai aussi des collaborateurs réguliers. Le plus impressionnant est DJ Vincent. Son nom d’artiste est DERF et son vrai nom est Frédéric Turgeon. Il fait de la musique punk rock dans la vie, alors ça n’a aucun rapport avec ce qu’il fait pour l’émission. Il m’a proposé il y a cinq ans de remixer une chanson en mettant par-dessus des quotes d’actualité. Il m’en fait une à toutes les semaines, 52 semaines par année, et elles sont toutes super intelligentes.
Il y a aussi Célestin Bouchard qui collabore avec moi. Il est surtout connu pour la fameuse chanson « Catouin », une reprise de la Compagnie Créole. Lui, il m’a dit : « Je vais te faire des manchettes cosmiques. » Ça dérape souvent, mais c’est drôle. Pour lui, l’idée est de se donner un coup de pied pour qu’il aille passer du temps dans son studio! C’est un artiste et le fait d’avoir à créer une manchette d’une minute par semaine le force à aller en studio et à composer des chansons en même temps. J’ai de bons commentaires de ce qu’il fait pour l’émission.
J’ai enfin Martin (Roussy) qui vient faire plusieurs personnages (Rocky Bravo, KPLT, Rockette, Frigide Bontaine, etc.). Il n’est pas non plus un humoriste « deux lignes, un punch ». C’est toujours intelligent ce qu’il fait. Il y a souvent un message dans ses commentaires. Il fait des sketchs un peu plus mis en situation, un peu différents, et on ne comprend pas toujours la première fois le message qu’il veut passer, mais après deux-trois fois, on finit par comprendre le personnage et le message.
Va chercher le fusil est vraiment une émission où ce sont les gens qui décident ce qu’ils aiment et ce qu’ils veulent entendre. L’auditeur est le boss! Certaines personnes mixent des affaires chez eux et ils m’envoient la chanson. Souvent, je le passe en ondes. Les gens aiment ça. Il y a une magie à entendre son nom à la radio. C’est pour ça que les anniversaires du jour fonctionnent autant. C’est une proximité qui existe seulement à la radio. Les gens ont l’impression qu’ils peuvent te demander n’importe quoi. En télévision, on n’en reçoit pratiquement pas de demandes spéciales.
CP : En terminant, tu es aussi connu pour être le propriétaire de plusieurs voitures de marque Lada, dont une rouge lettrée MC Gilles. Quelle est l’histoire derrière cette voiture?
D-É.O : Quand on voit une Lada, on pense kitsch. Quand j’ai commencé à faire ce que je fais, je voulais y aller à fond. J’ai fait faire un paquet de cartes d’affaires et des t-shirts et j’ai fait lettrer ma voiture. Je voulais démarrer mon entreprise et ma règle dans la vie est : pas de regret! D’où le fait que je fais un paquet de choses différentes comme des shows de danse. Est-ce que je vais avoir la chance de participer à un show de danse encore un jour? Peut-être pas, alors j’embarque… pas de regret!
Ne manquez pas Va chercher le fusil, tous les vendredis matins de 7h à 9h et en rediffusion les dimanches entre 10h et midi sur les ondes de CISM 89,3 FM!